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"Parce que vous ne pensez pas pareil que nous"


|Le mariage de figaro _ [extrait]

Publié par La revue2analck sur 5 Septembre 2014, 14:31pm

Catégories : #Les chroniques 2 la revue, #La culturbox

|Le mariage de figaro _ [extrait]

Figaro, le concierge du comte Almaviva, est très amoureux de Suzanne, la servante de la comtesse, qu’il va épouser. Mais le Comte est, lui aussi, très épris de Suzanne. La Comtesse est convenue avec la jeune femme de donner une leçon au Comte : Suzanne feindra de lui accorder un rendez-vous et la Comtesse se présentera à sa place. Figaro n’est pas dans la confidence mais il apprend le rendez-vous et furieux de se croire trompé, il décide de se cacher pour surprendre le Comte

 

 

Acte V. Scène 3

 

FIGARO, seul, se promenant dans l’obscurité, dit du ton le plus sombre :

 

Ô femme ! Femme ! Femme ! Créature faible et décevante !... nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ?... Après m’avoir obstinément refusé quand je l’en pressais devant sa maîtresse ; à l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie…Il riait en lisant, le perfide ! Et moi comme un benêt… Non, monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas.

 

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !...Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier !

 

Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! Perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter…

 

On vient…c’est elle…ce n’est personne.

 

La nuit est noire en diable et me voilà faisant le sot métier de mari, quoique je ne le sois qu’à moitié !

 

(Il s’assied sur un banc.)

 

Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs mœurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d’un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! Las d’attiser des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fusse-je mis une pierre au cou ? Je broche une comédie dans les mœurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fonder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé…de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaume de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrisse l’omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens ! - Ne pouvant avilir l’esprit, on  se venge en le maltraitant.

 

 

 

Pierre – Augustin Caron de Beaumarchais [1732-1799]

 

 

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