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"Parce que vous ne pensez pas pareil que nous"


|LETTRE À MÉNÉCÉE [extraits]

Publié par La revue2analck sur 25 Juin 2014, 11:23am

Catégories : #La culturbox, #Les chroniques 2 la revue

Géricault ''Le radeau de la méduse''

Géricault ''Le radeau de la méduse''

Salut !

 

Qu'on ne remette pas à plus tard, parce qu'on est jeune, la pratique de la philosophie et qu'on ne se lasse pas de philosopher, quand on est vieux. En effet, il n'est, pour personne, ni trop tôt ni trop tard, lorsqu'il s'agit de veiller à la santé de son âme. D'ailleurs, celui qui dit que le moment de philosopher n'est pas encore venu, ou que ce moment est passé, ressemble à celui qui dit, s'agissant du bonheur, que son moment n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus. Aussi le jeune homme doit-il, comme le vieillard, philosopher : de la sorte, le second, tout en vieillissant, rajeunira grâce aux biens du passé, parce qu'il leur vouera de la gratitude, et le premier sera dans le même temps jeune et fort avancé en âge, parce qu'il ne craindra pas l'avenir. Il faut donc faire de ce qui produit le bonheur l'objet de ses soins, tant il est vrai que, lorsqu'il est présent, nous avons tout et que, quand il est absent, nous faisons tout pour l'avoir.

 

À propos des recommandations que je te fais continuellement, mets-les en pratique et fais-en l'objet de tes soins, en saisissant distinctement que ce sont les éléments fondamentaux du bien-vivre. (…)

 

Accoutume-toi à la pensée que la mort n'est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation et que la mort est privation de sensation. De là vient qu'une connaissance correcte du fait que la mort n'est rien pour nous a pour effet de nous permettre de jouir du caractère mortel de la vie, parce que cette connaissance, au lieu de nous attribuer un temps problématique, nous ôte le regret de l'immortalité. En effet, il n'y a rien de terrible dans le fait de vivre, lorsqu'on a réellement saisi que dans le fait de ne pas vivre il n'y a rien de terrible et on ne craint pas de ne pas vivre, car alors, vivre n'est pas un poids et ne pas vivre n'est pas tenu pour une sorte de mal.

 

Et de même qu'on ne choisit nullement la nourriture la plus abondante mais la plus plaisante, on ne cherche pas non plus à jouir du moment le plus long, mais du plus plaisant.

 

Il faut en outre garder en mémoire que le futur n'est pas sous notre gouverne et qu'il n'y échappe pas non plus tout à fait, afin que nous ne nous attendions pas à ce qu'il advienne à tout coup, et que nous ne désespérions pas de le voir jamais advenir.

 

Il faut en outre prendre en compte que, parmi les désirs, les uns sont naturels et les autres sans fondement ; que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires et les autres seulement naturels ; et que, parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires au bonheur, d'autres à l'absence de tourments corporels, et d'autres à la vie elle-même. En effet, une observation rigoureuse des désirs sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à l'absence de trouble de l'âme, puisque c'est là la fin de la vie bienheureuse.

 

Voilà justement pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse.

 

Ainsi, parce qu'il a une nature qui nous est appropriée, tout plaisir est un bien, et pourtant tout plaisir n'a pas à être choisi. De même encore, tout état douloureux est un mal, mais tout état douloureux n'est pas toujours par nature à rejeter.

 

Et d'ailleurs, si nous considérons l'autosuffisance comme un grand bien, ce n'est pas afin de nous contenter de peu en toute occasion, mais pour nous contenter de peu si nous n'avons pas beaucoup, étant réellement convaincus que ceux qui ont le moins besoin de l'abondance sont ceux qui en jouissent le plus plaisamment et que, s'il est facile de se procurer tout ce qui est naturel, cela est difficile pour ce qui est sans fondement.

 

Quand donc nous disons que le plaisir constitue la fin, nous ne parlons pas des plaisirs des libertins ni de ceux qui consistent à jouir - comme le croient certains qui, ignorant de quoi nous parlons, sont en désaccord avec nos propos ou les prennent en un mauvais sens -, mais de l'absence de douleur, pour le corps, et de l'absence de trouble, pour l'âme.

 

Or le principe de tout cela et le plus grand bien, c'est la prudence. C'est pourquoi justement la prudence est une chose plus précieuse encore que la philosophie, car elle est la source naturelle de toutes les vertus de reste et enseigne qu'il n'est pas possible de mener une vie plaisante qui ne soit pas prudente ni une vie belle et juste qui ne soit pas plaisante ; car les vertus sont naturellement liées à la vie plaisante, et la vie plaisante en est inséparable.

 

 

EPICURE _ [ IVème siècle av. JC ]

 

 

 

 

 

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